dimanche 17 mars 2019

PADILLA (Craig) & ALLEN (Marvin): Toward the Horizon (2019)

“A blend of Berlin School, electronic prog rock and ambient, Toward the Horizon has everything of pure EM”

1 Toward the Horizon 17:38
2 Distant Waves 4:58
3 Tidal Disruption 13:05
4 Beneath the Surface 13:23
5 Hidden 11:00

6 Liquid Heaven 4:35
SPM-9086 (DDL/CD 64:40)
(Berlin School, prog rock and ambient)
==================================
  **Chronique en français plus bas**
==================================
Craig Padilla is one of those artists who seems very comfortable in collaborations projects. His albums with Skip Murphy and Zero Ohms, not to mention Howard Givens and Paul Ellis, are witnesses of this spontaneous complicity. Recently, he lent his synths to the band The Fellowship of Imaginary Voyagers in an amazing album, Tenderness Avalanche, of progressive cosmic rock. TOWARD THE HORIZON touches on this vision while embracing the meditative approach of the native musician of Redding, California. This time, it's with a long-time acquaintance, the guitarist Marvin Allen, that he cooks another album where the Berlin School style soaks of a strong rock in the first half of the album leads by a powerful sequencer. Then after, we are entitled to an EM closer to the ambient territories unique to the signature of the American musician/synthesist. Mastered by Howard Givens and produced in the well-cut sound aesthetics of the Spotted Peccary label, TOWARD THE HORIZON is available in high quality 24-96 download format as well as in a manufactured CD presented in a beautiful 6 panels' digipack artwork.
Chords of an electric guitar wandering in the interstices of the universe adorn the opening of the title-track. These chords melt in contemplative laments and their resonances mate with fog jets. A clever mix of these chords and the floating solos of the guitar is knit between the synth, its iridescent lines and its thin lines of secret voices. This duel propels us into the world of Erik Wollo. A brook of harmonic sequences floats there, even allowing for subtle percussive effects to sparkle. Arrangements woven into a violin concerto with fog strings open the door of "Toward the Horizon" toward new horizons. The sequencer releases discrete steps that wave on a carpet of clouds and its prismic mists. The rhythmic structure evolves in this delightful ambient pattern that inspired the music of Klaus Schulze in his years of ether. The percussions that come dictate a step faster but always ambient even with an increased intensity of the flow of sequences. In fact, this ambient rhythm serves the cause of Allen Marvin and Craig Padilla who still struggle in this sonic panorama with exchanges between effects and solos which become more voracious and more incisive. The title-track of TOWARD THE HORIZON sets the tone for a solid album which travels between its ambient moments and lively phases of rhythms which are close to the good old Berlin School. In fact, it's an impeccable job that Craig Padilla performs at this level with a sequencer cast in the beautiful years of EM.
A short title that remains very interesting, "Distant Waves" offers another beautiful rhythmic structure of the analog years, but with a vision closer to Steve Roach with a sonic sky cracked of lines, both the synth and the guitar, which unravel the colors of a boreal night. "Tidal Disruption" is another fuming title! Its opening is fed by electronic effects not really in symbiosis with poetry, but rather cavernous noises assaulted by percussion rollings, like King Crimson in Epitaph. The sound effects and synth/guitar's multiline abound in a diversity focused on reverberation effects that flirt with the borders of a chthonian world. The movement of the sequencer that is popping out is lively and fluid with some perfumes of Phaedra. Heavy, the rhythm resonates as more fragile keys cling to give a more diabolical illusion to this lively structure that hosts riffs and chords lost from a guitar that perfectly complements the synth lushes. The metamorphosis for a animated heavy rock takes place around the 7th minute, plunging "Tidal Disruption" into a big electronic progressive rock torpedoed by riffs and aggressive solos of an expressive guitar. The percussions give a lively drive while the spasmodic sequences heckle en route to a final much more ethereal. A big piece that precedes the ambient phase of TOWARD THE HORIZON. "Beneath the Surface" offers a more lyrical vision with azure winds blown in two tones. "Hidden" is darker with guitar waves that are very Wollo on a delicate structure of ambient rhythm that would dance well with that in Structures from Silence, while "Liquid Heaven" finishes this 1st Padilla/Allen collaboration with an extension of "Beneath the Surface". A very nice album!

Sylvain Lupari (March 17th, 2019) *****
Available at Spotted Peccary Music
===================================================================
                       CHRONIQUE en FRANÇAIS
===================================================================

Craig Padilla est un de ces artistes qui semble très à l'aise dans des projets de collaborations. Ses albums avec Skip Murphy et Zero Ohms, sans oublier Howard Givens et Paul Ellis, sont les témoins de cette complicité spontanée. Dernièrement, il a prêté ses synthés au groupe The Fellowship of Imaginary Voyagers dans un étonnant album, Tenderness Avalanche, de rock cosmique progressif. TOWARD THE HORIZON effleure cette vision tout en embrassant l'approche méditative du musicien natif de Redding en Californie. Cette fois-ci, c'est avec une connaissance de longue date, le guitariste Marvin Allen, qu'il mijote un autre album où le style Berlin School trempe dans du gros rock dans une 1ière partie qui décoiffe avec un puissant séquenceur. Par la suite, nous avons droit à une MÉ plus près des territoires ambiants uniques à la signature du musicien/synthésiste américain. Masterisé par Howard Givens et produit dans l'esthétisme sonore très bien découpé du label Spotted Peccary, TOWARD THE HORIZON est proposé en format téléchargement de haute qualité 24-96 de même qu'en CD manufacturé présenté dans une belle pochette digipack à 6 côtés.
Des accords d'une guitare électrique errant dans les interstices de l'univers ornent l'ouverture de la pièce-titre. Ces accords fondent en plaintes contemplatives et leurs résonnances s'accouplent à des jets de brume. Un habile mélange de ces accords et les solos flottants de la guitare se tricote entre le synthé, ses lignes irisées et ses filets de voix secrètes. Ce duel nous propulse dans l'univers d'Erik Wollo. Un ruisselet de séquences harmoniques y flotte, laissant même passer de subtils effets percussifs. Des arrangements tissés dans un concerto pour violons avec des cordes en brume ouvrent la porte de "Toward the Horizon" vers de nouveaux horizons. Le séquenceur libère des pas discrets qui ondulent sur un tapis de nuages et de ses bruines prismiques. La structure de rythme évolue dans ce délicieux pattern ambiant qui inspirait la musique de Klaus Schulze dans ses années d'éther. Les percussions qui viennent dictent un pas plus rapide mais toujours ambiant même avec une intensité accrue du flot des séquences. En fait ce rythme ambiant sert la cause de Marvin Allen et Craig Padilla qui luttent toujours dans ce panorama sonique avec des échanges entre effets et solos qui deviennent plus voraces et plus incisifs. La pièce-titre de TOWARD THE HORIZON donne le ton à un solide album qui voyage entre ses moments ambiants et des phases animées de rythmes tout près du bon vieux Berlin School. En fait, c'est un travail impeccable que Craig Padilla effectue à ce niveau avec un séquenceur coulé dans les belles années de la MÉ.
Un court titre qui demeure très intéressant, "Distant Waves" propose une autre belle structure rythmique des années analogues, mais avec une vision plus près de Steve Roach avec un ciel sonique lézardé de lignes, tant du synthé que de la guitare, qui effilochent les couleurs d'une nuit boréale. "Tidal Disruption" est un autre titre fumant! Son ouverture est nourrie d'effets électroniques pas vraiment en symbiose avec de la poésie, mais plutôt des bruits caverneux agressés par des roulements de percussions, genre King Crimson dans Epitaph. Les effets sonores et les multilignes de synthé/guitare abondent dans une diversité concentrée sur des effets de réverbérations pour flirter avec les frontières d'un monde chthonien. Le mouvement du séquenceur qui s'en extirpe est vif et fluide avec des parfums de Phaedra. Lourd, le rythme résonne alors que des touches plus fragiles s'y agrippent pour donner une illusion plus diabolique à cette structure vivante qui accueille les riffs et accords perdus d'une guitare qui complète à merveille cette nappe de perdition du synthé. La métamorphose pour un rock lourd et vivant s'opère autour de la 7ième minute, plongeant "Tidal Disruption" dans un gros rock progressif électronique torpillé par des riffs et des solos agressifs d'une guitare expressive. Les percussions donnent un entrain vif alors que les séquences spasmodiques hoquètent en route vers une finale nettement plus éthérée. Un gros morceau qui précède la phase ambiante de TOWARD THE HORIZON. "Beneath the Surface" offre une vision plus lyrique avec des vents azurés soufflés en deux tons. "Hidden" est plus ténébreux avec des ondes de guitare qui font très Wollo sur une délicate structure de rythme ambiant qui danserait bien avec celle dans Structures from Silence, alors que "Liquid Heaven" termine cette 1ière collaboration Padilla/Allen avec une extension de "Beneath the Surface". Un très bel album!

Sylvain Lupari 17/03/19

vendredi 15 mars 2019

PERU: The Return (2018)

“I was surprisingly charmed by the music in THE RETURN which merges the Berlin School to a highly intelligent melodic EM”
1 A New Start 4:25
2 The Loop 4:36
3 Day 2 4:24
4 The Return 8:57
5 Mirror 4:59
6 The Art Gallery 4:57
7 The Swarm 4:45
8 Orage 5:18
9 Desert Rain 4:42
10 Meteor 5:18

Peru Synth-Music (CD 52:45)
(Melodic Berlin School, Intelligent Synth-Pop)
==================================
  **Chronique en français plus bas**
==================================

It was with a lot of amazement and especially enchantment that I discovered the musical arsenal of PERU. Because we speak well of arsenal with this panoply of rhythms which get transforming inside each structure which barely approaches an average length of 5 minutes, if we exclude the title-track, and of genres which abound in a sound universe of an incisive sharpness. Peru! Can you believe I have never heard the music of this legendary band from the Netherlands? Although its name has been circulating quite often in the various discussion groups about contemporary EM. According to some critics, this duet composed of musicians (Pe)ter Kommers and (Ru)ud van Es, hence the acronym PERU, offered an EM more focused on synth-pop and electronic rock of Tangerine Dream from the post-Jive years than Berlin School as such. The duo became trio and foursome over the years, welcoming the famous Rob Papen in its ranks. It's also this latter and Ruud van Es who bring life back to the Peru adventure some 25 after the release of The Prophecies in 1993. And how was this first contact with the music of Peru? Difficult to explain because the music is difficult to define. Melodious with good arrangements and keyboards in mode harmonies, the music still offers great rhythmic versatility within each title, for this purpose we lose a little bit of our compass in the title track, and those countless synth solos which whistle and sing with delicious thine lines of acuity. I would situate the approach to those of Tangerine Dream's melodic side, the edgy e-rocks of Jerome Froese and to Johannes Schmoelling's composing style but with a more daring vision and still with his arrangements stolen from the strings of emotivity. “THE RETURN” has several seductive arrows. Each title is very melodious and rather catchy with its rock, synth-pop and even dance clothes. The only thing that annoys me are these Gregorian and Celtic choruses à la ERA or Enigma. And it's not much when even our ears dance to the sound of “THE RETURN”.
After a brief ethereal introduction, haloed with a soft voice, "A New Start" plunges into a fusion of synth-pop and classic electronic rock with a keyboard which freezes a minimalist approach on a bed of shimmering sequences and a humming bass line. PERU's musical universe is changing fast here with a more flamboyant essence of arpeggios and their sequenced ritornellos which sail through lush layers of voices of electronic mermaids. A fluid bass, percussions and clatters of wood sculpting some stationary kicking on a flow of sober sequences; the melodic rhythm brings its nuances into a structure which dances between its ethereal moments and its phases of catchy rhythms. "The Loop" follows with a disarticulated movement of the sequencer which gives life to a spasmodic rhythm and where other percussive elements get into the meticulous work of rhythmic structures. Beautiful orchestrations all in tenderness and emotion overfly this approach which becomes more fluid and more intense with the arrival of compact percussions. Synth effects adorn this good rhythmic panorama with sonic lassos which come and go in a vision of perpetual whistles. Gregorian voices add a scent of ERA to the finale. The phases of rhythms are sharp and lively, touching even a bit of techno or dance music with layers of floating violins. Ditto for "Day 2", again the percussive elements are disarming here, and "The Swarm" which sounds like a good Moonbooter with a synth in mode harmony. Even "Storm" flirts with this genre with its technoïd pulsations.
The title-track opens with Celtic songs which is treading a delicate melody lying on a piano more romantic than melancholic. A line of bass pulsations vibrates between the ears, propelling "The Return" to a jerky electronic rhythm. Effects are cooing over this energetic structure and a synth throws a melody which fades into a Jerome Froese's ambient move. Jerky orchestrations are in standby mode. The rhythm comes out in the form of a gallop which charges under good solos whose sharp feathers are found all around the 53 minutes of “THE RETURN”. An ambiospherical phase stops this dynamic rhythm which returns in a slower form with solos which agonize on an evolution proposed by bass sequences which move nervously under other delicious percussive effects. The sound aesthetic is very rich, here as everywhere, with choruses borrowed from the vision of Vangelis and tender ambient orchestrations. The 3rd skin evolves more in a psybient mode with very convoluted solos which charm and surprise in a more melancholic approach. "Mirror" follows with a sequencer which unleashes its jumping keys in a phase of static rhythm which serves as a bulwark for other good sharpened solos. The limpid sequences which dance blithely recall some of Peter Baumann's structures in Trans Harmonic Nights. Strange harmonic on another stationary rhythm, nervous and exciting for our fingers, "The Art Gallery" offers sound effects and other percussive effects which make a lot of noise beneath a mass of sound effects and some sweet Arabic songs. "Desert Rain" begins with a nice progressive lullaby whose light sequencer chords turn in minimalist loops in a rather ethereal cosmic phase. It's like dreaming awake! Heavy and nervous sequences, as well as percussions, shake these ambiences which always keep a dreamy seal with layers of voices and jazz effects, bringing the music towards an unknown zone. The ritornello returns this time by dancing with these heavy and nervous sequences, while the synth weaves all it takes to dream again with open eyes. "Meteor" ends this comeback album of PERU with an approach of electronic rock structured on agitated sequences which come and go on a sea of evasive melodies.
Thanks to Ron Boots and to Groove, I spent very good minutes absorbing all the essences of this PERU album which has literally charmed me with its Berlin School, with its nervous and stormy sequences, well merged in phases of synth-pop, allegorical rock and dance music. The arrangements and the many clannish effects which decorate some rather celestial ambiances and the numerous synths with a unique tonal signature make of “THE RETURN” one of the very good melodious and intelligent EM albums to have pierced the wall of my doubts since moons. One of the best opuses and a must in 2018!
Sylvain Lupari (March 13th, 2019) *****

synth&sequences.com
Available at Groove NL
===================================================================
                       CHRONIQUE en FRANÇAIS
===================================================================

C'est avec beaucoup de stupéfaction et surtout d'enchantement que j'ai découvert l'arsenal musical de PERU. Parce qu'on parle bien d'arsenal avec cette panoplie de rythmes qui se transforment à l'intérieur de chaque structure qui avoisine à peine une durée moyenne de 5 minutes, si on exclut la pièce-titre, et des genres qui foisonnent dans un univers sonore d'une netteté incisive. Peru! Pouvez-vous croire que je n'ai jamais entendu la musique de ce groupe, pourtant légendaire, des Pays-Bas. Même si son nom a circulé assez souvent dans les divers groupes de discussions à propos de la MÉ contemporaine. D'après certains critiques, ce duo composé des musiciens (Pe)ter Kommers et (Ru)ud van Es, d'où l’acronyme PERU offrait une MÉ plus centrée sur le synth-pop et le rock électronique des années Tangerine Dream post-Jive que du Berlin School comme tel. Le duo, devint trio et quatuor au fil des ans, accueillant le célèbre Rob Papen dans ses rangs. C'est d’ailleurs ce dernier et Ruud van Es qui redonnent vie à l'aventure Peru quelques 25 après la parution de The Prophecies en 1993. Et comment a été ce premier contact avec la musique de Peru? Difficile à expliquer car la musique est difficile à cerner. Mélodieuse avec des bons arrangements et des claviers en mode harmonies, la musique propose tout de même de grandes versatilités rythmiques à l'intérieur de chaque titre, à cet effet on perd un peu notre boussole dans la pièce-titre, et d'innombrables solos de synthé qui sifflent et chantent avec de délicieux filets d'acuité. Je situerais l'approche à du Tangerine Dream mélodieux au rock tranchant de Jerome Froese et à du Johannes Schmoelling plus audacieux avec des arrangements volés aux cordes de l'émotivité, la musique de “THE RETURN” possède plusieurs flèches séductrices. Chaque titre est très mélodieux et plutôt entrainant avec ses habits de rock, de synth-pop et même de danse. Le seul truc qui m'agace sont ces chœurs grégoriens à la ERA ou encore à la Enigma. Et ce n'est plus grand-chose lorsque même nos oreilles dansent au son de “THE RETURN”.
Après une courte introduction éthérée, nimbée d'une voix suave, "A New Start" plonge dans une fusion de synth-pop et de rock électronique classique avec un clavier qui fige une approche minimaliste sur un lit de séquences chatoyant et une ligne de basse vrombissante. L'univers musical de PERU change vite ici avec une essence plus flûtée des arpèges et leurs ritournelles séquencées qui voguent au travers de luxuriantes nappes de voix des sirènes électroniques. Une basse fluide, des percussions et des cliquetis de bois sculptant des ruades statiques sur un flux de séquences sobres, le rythme mélodique amène ses nuances dans une structure qui danse entre ses moments éthérés et ses phases de rythmes entraînants. "The Loop" suit avec un mouvement désarticulé du séquenceur qui donne vie à un rythme spasmodique où se greffent d'autres éléments percussifs qui ajoutent au travail méticuleux des structures de rythmes. Des belles orchestrations tout en tendresse et émotivité survolent cette approche qui devient plus fluide et plus intense avec l'arrivée de percussions bien serrées. Des effets de synthé ornent ce beau panorama rythmique avec des lassos sonores qui vont et viennent dans une vision de sifflements perpétuels. Les voix grégoriennes ajoutent un parfum d'ERA à la finale. Les phases de rythmes sont vives et entrainantes, frôlant même le techno ou la musique de danse avec des nappes de violons flottants. Idem pour "Day 2", encore une fois les éléments percussifs sont désarmants ici, et "The Swarm" qui fait dans du bon Moonbooter avec un synthé en mode harmonie. Même "Orage" flirte avec ce genre avec ses pulsations technoïdes.
La pièce-titre débouche par des chants celtiques qui foulent une délicate mélodie couchée par un piano plus romantique que mélancolique. Une ligne de basses pulsations vrombit entre les oreilles, propulsant "The Return" vers un rythme électronique saccadé. Des effets roucoulent sur cette structure énergique et un synthé lance une mélodie qui s'efface dans une structure ambiante à la Jerome Froese. Des orchestrations saccadées sont en mode attente. Le rythme qui sort épouse la forme d'un galop qui charge sous de bons solos dont les plumes bien aiguisés se retrouvent tout autour des 53 minutes de “THE RETURN”. Une phase ambiosphérique arrête ce rythme entrainant qui revient dans une forme plus lente avec des solos qui agonisent sur une évolution proposée par des séquences basses qui s'agitent nerveusement sous d'autres délicieux effets percussifs. L'esthétisme sonore est très riche, ici comme partout, avec des chœurs empruntés à la vision de Vangelis et de tendres orchestrations ambiantes. La 3ième peau évolue plus en mode psybient avec des solos très alambiqués qui charment et étonnent dans une approche plus mélancolique. "Mirror" suit avec un séquenceur qui délie ses ions sauteurs dans une phase de rythme statique qui sert de rempart à d'autres bons solos bien affûtés. Les séquences limpides qui y dansent allégrement rappellent certaines structures de Peter Baumann dans Trans Harmonic Nights. Étrangeté harmonique sur un autre rythme stationnaire, nerveux et enlevant pour nos doigts, "The Art Gallery" propose des effets sonores et d'autres effets percussifs qui font un tapage sous une nuée d'effets sonores et de chants arabes. "Desert Rain" débute avec une jolie berceuse progressive dont les légers accords du séquenceur tournoient en boucles minimalistes dans une phase cosmique assez éthérée. C'est comme rêver éveillé! Des séquences lourdes et nerveuses, ainsi que des percussions, secouent ces ambiances qui gardent toujours un cachet onirique avec des nappes de voix et des effets de jazz, amenant la musique vers une zone inconnue. La ritournelle revient cette fois-ci en dansant avec ces séquences lourdes et nerveuses, alors que le synthé tisse tout ce qu'il faut pour rêver encore les yeux ouverts. "Meteor" termine cet album retour de PERU avec une approche de rock électronique structuré sur des séquences agitées qui vont et viennent sur une mer de mélodies évasives.
Grâce à Ron Boots et à Groove, j'ai passé de très bonnes minutes à absorber toutes les essences de cet album de PERU qui m'a littéralement charmé avec son approche de Berlin School, de par ses séquences nerveuses et houleuses, bien fusionné dans des phases de synth-pop, de rock allégorique et de musique de danse. Les arrangements et les nombreux effets claniques qui décorent des ambiances assez célestes et les nombreux synthés avec une signature tonale unique font de “THE RETURN” un des très bons albums de MÉ mélodieuse et intelligente à avoir percé la muraille de mes doutes depuis des lunes. Un des meilleurs opus et un incontournable en 2018!

Sylvain Lupari 13/03/19

mardi 12 mars 2019

DIGITAL HORIZONS: DH Archives Vol 10 - Songs from The East (2018)

“This is a fair album with some great sequencing patterns that should please to Tangerine Dream & to Digital Horizons fans”
1 Barrriers (East Mix) 9:56
2 Most Easterly 8:34
3 Bochica and the Waterfall (East Mix) 9:14
4 Eureka (East Mix) 6:54
5 Aeronautics 9:48
6 Blue Shadows (East Mix) 10:02

7 Under Norfolk Skies 22:25
(Berlin School)
==================================
  **Chronique en français plus bas**
==================================

Digital Horizons is another of those artists who have emerged on the vast Bandcamp horizon. Project of the English synthesist Justin Ludford, the music is strongly influenced by the different eras of Tangerine Dream. Composed of material recorded and mixed in the fall of 2018, “DH Archives Vol 10 - Songs from The East” is strongly imbued with the sound colors of the Jive years, while flirting with different eras of the mythical German trio. Through 7 titles which border the 77 minutes, this latest album of Digital Horizons doesn't open new horizons on the spheres of EM. It's a rather good album which presents good electronic rock worked by a sequencer which is not afraid to lose a few lines of rhythms in the same context, or to add electronic percussion and other percussive elements to captivate even more the listening. The synths are more in mode effects, arrangements and orchestrations, while the keyboard, hesitant on a few occasions, manages to weave harmonic approaches gloomier than cheerful. Divided into two parts, the first 35 minutes of “DH Archives Vol 10 - Songs from The East” are very good while the 2nd part offers a more disjointed approach.
Flickering waves and fuzzy chords adorn the opening of "Barrriers (East Mix)". Very Tangerine Dream keyboard riffs and chords grope around as the rhythmic approach of the sequencer draws long zigzags too soft to solidify a true rhythmic structure. This introduction seems to direct the destiny of the title towards a harmonic orientation that is rather in the genre cold as Kraftwerk, when drums beat nonchalantly a structure which gets revitalize to become a solid electronic rock as exciting as seductive. Smooth voice pads embed the ethereal vision of the Melrose years while heavy and incisive, "Barristers (East Mix)" increases its semi-floating pace. A very good title! "Most Easterly" offers a very good electronic rock pattern with a heavy and linear sequencer which barely undulates under the countless foggy layers. Oscillating already strongly, the rhythm seduces even more with a new layer which is sculpted by electronic percussions. The synth spits misty waves spotted by morphic mist. These are ornaments of ambiences which stroll through the 7 structures of “DH Archives Vol 10 - Songs from The East”. It's like blending some parts of Logos into the electronic rhythms of the Seattle years. These are two good titles which flow pretty well. "Bochica and the Waterfall (East Mix)" is a title of atmospheres in hyperemotif mode. The orchestrations, which are forged in the angelic lamentations of the synth, encircle a static rhythm and its jolts armed with ambient tingling.
"Eureka (East Mix)" is a title built in the mold of the Jive years. Keyboard riffs are spreading clouds of drizzle, where the formations of a melody lie, on a structure of electronic rhythm erected on the sharp circular oscillations of the sequencer. The melody explodes the structure sparkling of a lively vivacity with the arrival of percussions. Sober and effective! The frame of "Aeronautics" is very close to Tyger with a lack of vitality. The album hits a low, and "Blue Shadows (East Mix)" does not correct the situation by offering a long structure of atmospheres with a surge of sonic clouds full of seraphic voices and haloed of a metallic blue. Percussive knocks get in a little before the 7 minutes without yet exploiting a vein of rhythm. A wave of white noises feeds the approach of "Under Norfolk Skies" which offers an introduction sewn in mysticism. Misty voice effects, drizzle granules and hesitant sequences fill an opening which offers more intensity than in "Blue Shadows (East Mix)", even if it's modulated a bit in the same genre. Synth effects roll like thin lines of organic reverberation as the sequences grope around in this opaque curtain of sound effects. Thus, a rhythmic structure strolls with steps that sway in a vacuum, advancing only with a fervent desire to stand still. Some metallic creasing crumble crystal sounds, while the sequencer releases other more vivace keys which hop into a harmonic ballet. But the density and the opacity of the elements of ambiances kill in the egg any attempt so that the rhythm hatches with more firmness. We have to wait up until the 15th minute so that these ambiences let some space to a structure which fights against explosions and orchestrations in order to lead things into a good Berlin School where synth solos are all shy. An album for fans of Tangerine Dream and which will certainly please to fans of Digital Horizons!
Sylvain Lupari (March 12th, 2019) *****
Available at Digital Horizons' Bandcamp
===================================================================
                       CHRONIQUE en FRANÇAIS
===================================================================

Digital Horizons est un autre de ces artistes qui ont émergé sur le vaste horizon Bandcamp. Projet du synthésiste Anglais Justin Ludford, la musique est fortement influencée par les différentes époques de Tangerine Dream. Composé de matériel enregistré et mixé à l'automne 2018, “DH Archives Vol 10 - Songs from The East” est fortement imbibé des couleurs sonores des années Jive, tout en flirtant avec différentes époques du mythique trio Allemand. Au travers 7 titres qui bordent les 77 minutes, ce dernier album de Digital Horizons n'ouvre pas de nouveaux horizons sur la MÉ. C'est un album plutôt bien qui présente de bons rock électronique travaillés par un séquenceur qui n'a pas peur d'égarer quelques lignes de rythmes dans un même contexte, ni de s'adjoindre des percussions électroniques et autres éléments percussifs afin de captiver encore plus l'écoute. Les synthés sont plus en mode effets, arrangements et orchestrations, alors que le clavier, hésitant à quelques occasions, parvient à tisser des approches harmoniques plus lugubres qu'enjouées. Divisé en deux temps, les 35 premières minutes de “DH Archives Vol 10 - Songs from The East” sont très bonnes alors que la 2ième partie offre une approche plus décousue.
Des ondes vacillantes et des accords flous ornent l'ouverture de "Barrriers (East Mix)". Des riffs et des accords de clavier très Tangerine Dream avancent à tâtons alors que l'approche rythmique du séquenceur trace de longs zigzags trop mous pour solidifier une véritable structure de rythme. Cette introduction semble diriger la destinée du titre vers une orientation harmonique qui fait plutôt dans le genre froid comme Kraftwerk, lorsque des percussions tabassent mollement une structure qui se vitalise afin de devenir un solide rock électronique aussi enlevant que séduisant. Des pads de voix suaves incrustent la vision éthérée des années Melrose alors que pesant et incisif, "Barrriers (East Mix)" alourdit sa cadence semi-flottante. Un très bon titre! "Most Easterly" propose un très bon pattern de rock électronique avec un séquenceur lourd et linéaire qui ondule à peine sous les innombrables nappes brumeuses. Oscillant déjà vivement, le rythme séduit encore plus avec une nouvelle couche qui est sculptée par des percussions électroniques. Le synthé crache des nappes brumeuses tachetées de bruine morphique. Des ornements d'ambiances qui se promènent dans les 7 structures de “DH Archives Vol 10 - Songs from The East”. C'est comme mélanger certaines parties de Logos dans les rythmes électroniques des années Seattle. Voilà deux bons titres qui passent assez bien. "Bochica and the Waterfall (East Mix)" est un titre d'ambiances en mode hyperémotif. Les orchestrations, qui sont forgées dans des lamentations angéliques du synthé, encerclent un rythme statique et ses soubresauts armés de tintements ambiants.
"Eureka (East Mix)" est un titre construit dans le moule des années Jive. Des riffs de clavier étendent des nuages de bruine, où se terrent les formations d'une mélodie, sur une structure de rythme électronique dressée sur les vives oscillations circulaires du séquenceur. La mélodie fait exploser la structure qui pétille d'une vivacité entraînante avec l'arrivée des percussions. Sobre et efficace! L'armature de "Aeronautics" est très proche de Tyger qui manque de vitalité. L'album frappe un léger creux de vague, et "Blue Shadows (East Mix)" ne redresse pas la situation en offrant une longue structure d'ambiances avec une poussée de nuages soniques gorgées de voix séraphiques et nimbées d'un bleu métallique. Des cognements percussifs s'ajoutent un peu avant les 7 minutes sans pourtant exploiter un filon de rythme. Une onde de bruits blancs alimente l'approche de "Under Norfolk Skies" qui propose une introduction cousue dans le mysticisme. Des effets de voix brumeuses, des granules de bruine et des séquences hésitantes farcissent une ouverture qui propose plus d'intensité que dans "Blue Shadows (East Mix)", même si modulée un peu dans le même genre. Des effets de synthé roulent comme des filets de réverbérations organiques alors que des séquences avancent à tâtons dans cet opaque rideau d'effets sonores. Ainsi, une structure de rythme flâne avec des pas qui se balancent dans le vide, ne progressant qu'avec un fervent désir de faire du surplace. Des froissements métalliques émiettent des cristaux sonores, tandis que le séquenceur libère d'autres ions plus vivaces qui sautillent dans un ballet harmonique. Mais la densité et l'opacité des éléments d'ambiances tuent dans l'œuf toute tentative afin que le rythme éclose avec plus de fermeté. Il faut attendre à la 15ième minute pour que ces ambiances laissent plus de lousse à une structure qui se bat contre des explosions et des orchestrations afin de plonger dans un bon Berlin School où s'imposent des solos de synthé tous timides. Un album destiné aux fans de Tangerine Dream et qui va assurément plaire aux fans de Digital Horizons!

Sylvain Lupari 12/03/19

lundi 11 mars 2019

KURTZ MINDFIELDS: Gate of New Dimension (2018)

“A solid mix of Jazz and Berlin School, Gate of New Dimension is a great album and a breeze of fresh air in the universe of EM”
1 Aeolis 7:27
2 Crystal Cathedral 13:28
3 Equivox Seven 5:19
4 Heliosfear 5:13
5 Mooger Things 6:13
6 Gate of a New Dimension 6:24
7 Midnight Analog Plan 6:05
8 Ice Castle 8:06
9 Still on the Run 9:43

DVD
1 Laniakea Symphonia 30:34 (Live at Synthest 2018)
Feverdog Music ‎| FD2018/2 (CD/DVD 99:07)
(Berlin School with Jazz and Prog Rock essences)
==================================
  **Chronique en français plus bas**
==================================

"Aeolis" starts this latest odyssey in the wonderful universe of Kurtz Mindfields with a song of winds which is disturbed by a large wave of reverb. Keyboard chords fall shortly after 60 seconds. They forge an evasive melody that turns between our ears with a Keith Emerson progressive rock vision. Little by little, the music settles! Electronic effects remind us of the essence of Kurtz Mindfields. A bass line infiltrates its floating heaviness as the piano continues to dance between our ears. A little jazz in the electronic universe? Why not! The sequencer detaches its keys which run faster and faster with muted steps, while the piano invites the synthesizer to draw solos which follow the curve of its harmony. The sequencer rotates its keys with more velocity, while Jean-Luc Briançon continues to charm with fascinating solos which are the witnesses of the skill of this jazz keyboardist... above all. “Gate of New Dimension” marks a new step in the career of the French musician. For this album, the keyboardist of the jazz band Abigoba has chosen his own instruments, which are more in the hues of jazz, instead of using the synths and sequencers of Olivier Grall or Kryfels which have restored a universe more centered on EM in his previous albums. What does it change? It changes everything! “Gate of New Dimension”; a trans-aural sound experience in 3D is a fusion of instruments and ideas that brings a breath of fresh air to the world of Kurtz Mindfields, if not of EM in general. A highly qualified composer, Jean-Luc Briançon makes an amazing union with his alter-ego Kurtz Mindfields to create a jazzy and rhythmic EM with rhythms and solos which will turn your ears upside down.
In a more complex formula, "Crystal Cathedral" offers a long, very chthonic introduction with scary voices which scrape the walls of a long corridor emerging from the darkness. A dance of bells, the kind suspense one on Halloween, makes a little virginal melody twinkle which gradually becomes a demonic ritornello drawn by a sequencer whose heavy and curt steps structure a static rhythm. Solos infuse this texture of freedom which is proper to jazz, while sound effects (kind of bat wings) and absent voices roam around this structure, which evolves quietly within its parameters which are somewhat more convoluted here than in other titles of “Gate of New Dimension”. After this title, we come across a superb collection of short titles all livelier and catchier one of each other. And it starts with "Equivox Seven" and its electronic percussions pecked by effects of rattlesnakes which brings the music near the paths of Jean-Michel Jarre. "Heliosfear" is another very catchy title with a sequencer which turns its structure into an endless of small and speedy eight. The rhythm is lively and the percussive effects as seductive as noisy. A kind of vocoder spits out one of those borderless voices of the 70's, while solos are always creative and as catchy as the rhythm. "Mooger Things" is even more striking with a flow of sequences whose lively and jerky approach hosts some evasive solos and keyboard riffs which sound very Tangerine Dream. I like this rhythm which evolves with fine permutations which always make my ears smile. The synth solo at the finale is downright great! The title track is in a good jazz with an always catchy rhythm where our fingers tap more than our feet. The electronic drum is very good, the sequencer is heavy and hyper-jerky and the many sound effects frame “Gate of New Dimension” in an electronic universe where rock, funk and jazz merge with unparalleled elegance.
"Midnight Analog Plan" is another little gem flirting with the borders of Jarre. The comparison stops there, because the pace is more incisive, hard and not really obvious. The sequences and percussive effects are as charming as those in "Equivox Seven" and "Mooger Things". "Ice Castle" has to go through a long ambiospherical introduction before presenting a rhythm closer to progressive rock with keyboards and harmonies which display the colors of the Italian group PFM. "Still on the Run" also takes a few minutes before taking off. Its approach is rather Pink Floyd (On the Run) and the synths are still tasty and creative. Presented in a Deluxe digipack, the artwork is gorgeous by the way, “Gate of New Dimension” comes with a DVD of a concert that Jean-Luc Briançon and Stephane Gallay presented as part of the SynthFest in spring 2018. The duo had interpreted the main lines of the Analogic Touch album. Lasting 30 minutes, the DVD offers "Laniakea Symphonia". The images have a granular imprint, the performance was in the evening with an intimate lighting, where are inserted some psychedelic graphics and good visual effects. They allow us to visualize the creative approach and the agile fingers of Kurtz Mindfields and to hear a new track. Available in CD, a digital version will also be available from March 19th on QOBUZ and on the Bandcamp web page of Electrik Dream.
Huge and solid EM at all levels!

Sylvain Lupari (March 12th, 2019) *****
Available at PWM Distrib
===================================================================
                       CHRONIQUE en FRANÇAIS
===================================================================

"Aeolis" démarre cette dernière odyssée dans le merveilleux univers de Kurtz Mindfields avec un chant des vents qui est perturbé par une grosse onde de réverbération. 
Des accords de clavier tombent peu après les 60 secondes. Ils forgent une mélodie évasive qui tourne entre les oreilles avec vision de rock progressif à la Keith Emerson. Peu à peu, la musique s'installe! Des effets électroniques nous rappellent l'essence même de Kurtz Mindfields. Une ligne de basse infiltre sa lourdeur flottante alors que le piano continue de danser entre nos oreilles. Un peu de jazz dans l'univers électronique? Pourquoi pas! Le séquenceur détache ses ions qui courent de plus en plus rapidement avec des pas sourds alors que le piano invite le synthétiseur à dessiner des solos qui suivent la courbe de son harmonie. Le séquenceur fait tourner ses ions avec plus de vélocité, tandis que Jean-Luc Briançon continue de charmer avec de fascinants solos qui sont les témoins de l'adresse de ce claviériste de jazz avant tout. “Gate of New Dimension” marque un nouveau pas dans la carrière du musicien Français. Pour cet album, le claviériste du groupe de Jazz Abigoba a choisi ses propres instruments, qui sont plus dans les teintes de jazz, au lieu d'utiliser les synthés et séquenceurs d'Olivier Grall ou de Kryfels qui restituaient un univers musical plus électronique. Qu'est-ce que ça change? Tout! “Gate of New Dimension”; une expérience sonore trans-aural 3D est une fusion autant entre les instruments que les idées qui apporte un vent de fraîcheur à l’univers de Kurtz Mindfields, sinon de la MÉ en général. Compositeur aguerri, Jean-Luc Briançon fait une stupéfiante union avec son alter-égo Kurtz Mindfields pour créer une MÉ jazzée et rythmique avec des rythmes et des solos qui nous vire les oreilles à l'envers.
Dans une formule plus complexe, "Crystal Cathedral" propose une longue introduction très chthonienne avec des nappes de voix angoissantes qui écorche les murs d'un long corridor émergeant des ténèbres. Une danse de clochettes, du genre suspense à la Halloween, fait tinter une petite mélodie virginale qui devient graduellement une ritournelle démoniaque marquée par un séquenceur dont les pas lourds et abruptes structurent un rythme statique. Les solos infusent cette texture de liberté propre au jazz, alors que des effets sonores, genre ailes de chauve-souris, et des voix éteintes rôdent autour de cette structure qui évolue tranquillement à l'intérieur de ses paramètres un peu plus alambiqués ici que dans les autres titres de “Gate of New Dimension”. Après ce titre, nous tombons sur une superbe collection de courts titres tous plus entraînants les uns des autres. Et ça débute avec "Equivox Seven" et ses percussions électroniques picorées par des effets de crotales qui amènent la musique près des sentiers de Jean-Michel Jarre. "Heliosfear" est un autre titre très entraînant avec un séquenceur qui fait tourner sa structure dans des huit sans fin. Le rythme est vif et les effets percussifs aussi séduisants que tapageurs. Un genre de vocodeur crache une de ces voix sans frontières des années 70 alors que les solos restent toujours créatifs et aussi entraînants que le rythme. "Mooger Things" est encore plus percutant avec le débit très hachuré des séquences dont l'approche vive et saccadée accueille des solos évasifs et des riffs de clavier qui sonnent très Tangerine Dream. J'aime ce rythme qui évolue avec de fines permutations qui font toujours sourire mes oreilles. Le solo de synthé vers la finale est carrément du bonbon! La pièce-titre est dans du bon jazz avec un rythme toujours aussi accrocheur où nos doigts tapotent plus que nos pieds. Les percussions sont très bonnes, le séquenceur est lourd et hyper-saccadé et les nombreux effets sonores encadrent "Gate of a New Dimension" dans un univers électronique où le rock, le funk et le jazz fusionnent avec une élégance sans pareil.
"Midnight Analog Plan" est un autre petit joyau qui flirte avec les frontières de Jarre. La comparaison s'arrête là, car le rythme est plus incisif, dur et pas vraiment évident. Les séquences et les effets percussifs sont aussi charmants que ceux dans "Equivox Seven" et "Mooger Things". "Ice Castle" doit traverser une longue introduction ambiosphérique avant de présenter un rythme plus près du rock progressif avec des claviers et des harmonies qui affichent les couleurs du groupe Italien PFM. "Still on the Run" prend aussi quelques minutes avant de décoller. Son approche fait plutôt Pink Floyd (On the Run) et les synthés sont toujours aussi savoureux et créatifs. Présenté dans un digipack Deluxe, la pochette est très belle en passant, “Gate of New Dimension” vient avec un DVD d'un concert que Jean-Luc Briançon et Stephane Gallay ont présenté dans le cadre du SynthFest au printemps 2018. Le duo y avait interprété les grandes lignes de l'album Analogic Touch. D'une durée de 30 minutes, le DVD propose "Laniakea Symphonia". Les images ont une empreinte granuleuse, la prestation était le soir avec une éclairage intimiste, où sont insérés quelques graphiques psychédéliques et de bons effets visuels. Elles nous permettent de visualiser l'approche créative et les doigts agiles de Kurtz Mindfields et d'entendre des titres inédits. Disponible en CD, une version digitale sera aussi disponible à partir du 19 Mars prochain sur QOBUZ et le site Bandcamp d'Electrik Dream.
De la grande MÉ à tous les niveaux!

Sylvain Lupari 11/03/19

dimanche 10 mars 2019

TANGERINE DREAM: Light Flux (2017)

“A superb album, from A to Z. Period!”
1 Green Summer Clouds 17.53
2 Meteor 6.59
3 Tyger 2013 6.12
4 Reaching Ravenna 15.12
5 Nemesis 9.02
6 Logos 2014 6.19

Eastgate 079CD
(CD/DL 61:09)
(Berlin School)
==================================
  **Chronique en français plus bas**
==================================
I am one of those who bought the Light Flux E.P. and Light Flux the CD. And unlike the other Mini Cup-Disc, singles or E.P., there was no new music on the damn E.P. I found that rather cheap and I rediscovered this very mercenary approach of Eastgate's managers. Well, here is another debate that the fan base of Tangerine Dream should have with the leaders of this label only devoted to the works of Tangerine Dream. The first 500 copies of “Light Flux”, both the E.P. and the album, were given as a bonus to those who pre-ordered the biography of Edgar Froese; Force Majeure. So much for the story! If the management is questionable, the talent of Edgar Froese, Thorsten Quaeschning, Ulrich Schnauss and Hoshiko Yamane is simply undeniable. Must say that this “Light Flux” is not the first real studio album of the new version of Tangerine Dream. The titles here were composed between 1981, for "Nemesis", and 2011, for "Reaching Ravenna". But no matter, here we have an excellent album which has by far exceeds our expectations.
With its foggy waves which ripple like some vague reflections, "Green Summer Clouds" gets in with charm between my ears. Composed by Edgar Froese and Thorsten Quaeschning in 2007, this title could have appeared on albums such as Stratosfear or Force Majeure, so much the spirit of the old Tangerine Dream is omnipresent. Synth layers with old chthonic tonalities float like a nonchalant snake. Reverberant effects spew waves of distortion, while my ears perceive metal beats in the background of the wandering ambiences of an opening which now soaks my eardrums in the bottom of a cave. The 4th minute arrives at the same time as a heavy movement of the sequencer. "Green Summer Clouds" explodes in a pure Berlin School of the old time with loops of rhythms which roll in mode; up and down. This sequencer will seduce my ears a bit more with tasty imperfections in its repetitive structure which will run, like zigzagging, for a whopping 13 minutes of furious EM. The drum and the percussive arpeggios get along with this electronic rock that we don't hear quite often anymore, harmonizing a more melodious vision of the rhythm. Pads of mist and good solos adorn "Green Summer Clouds" which is a pure revelation in this album and one of the good creative electronic rock associated to Berlin School. Excellent!
Another title composed by the Froese/Quaeschning duo, this time in 2001, "Reaching Ravenna" is this kind of title which requires a few plays before one adjusts to it. A piano and a guitar give their vision of nomads on a carpet of fog. Some strange percussive effects, it sounds like a train charging, chase away this opening. A little more, and we dive head first into the fascinating world of Picture Palace Music. But Tyger's perfumes bring us back to reality! Spasmodic sequences get graft onto it, while orchestrations and acoustic guitar riffs provide the harmonic background for a title that oscillates blithely between its purely electronic vision and its progressive music side, especially because of the big layers with organ tones. Sometimes violent, sometimes ethereal and other times as heavy rock as fluid Berlin School, the ambiences and structures of rhythms lengthen a complexity which will turn into a gem as we invest the 15 minutes of a good progressive Berlin School whose fluty solos remind us of the beautiful signature of Edgar Froese. Another great title from this duo where Thorsten Quaeschning shows his ability to assume the destiny of Tangerine Dream, always according to Edgar's wish. I would say that "Meteor" is the Face B of a supposed single, like The Light Cone, launched by Edgar in 1983, that I would believe it. Another great title composed by Edgar which could have ended on the Pinnacles album. Another title composed by EF, this time in 1981, "Nemesis" is in line of those electronic hymns that we find on the Beyond the Storm compilation. It's big and good rock with a dubious finale. "Tyger 2013" and "Logos 2014" are 2 titles whose music and vigor have been enhanced with a more contemporary vision. The version of Tyger interests me more or less, I got used to the voice of Jocelyn Bernadette Smith, while it's a little difficult not to appreciate any vision of Logos. As long as the spirit remains! And this spirit stays within the 60 minutes of “Light Flux”. A superb album, from A to Z!

Sylvain Lupari (March 8th, 2019) ****½*
Available at Eastgate
===================================================================
                       CHRONIQUE en FRANÇAIS
===================================================================

Je suis de ceux qui ont acheté Light Flux E.P. et Light Flux, le CD. Et contrairement aux autres mini Cup-Disc, singles ou E.P., il n'y avait aucun titre inédit sur le foutu E.P. J'ai trouvé ça plutôt cheap et j'ai redécouvert cette approche très mercantille des gestionnaires d'Eastgate. M'enfin, voilà un autre débat que la base de fans de Tangerine Dream devrait avoir avec les dirigeants de ce label uniquement dévoué aux œuvres de Tangerine Dream. Les 500 premiers exemplaires de “Light Flux”, autant le E.P. que l'album, étaient donnés comme bonus à ceux qui ont précommandé la biographie d'Edgar Froese; Force Majeure. Voilà pour l'histoire! Si la gestion est questionnable, le talent d'Edgar Froese, Thorsten Quaeschning, Ulrich Schnauss et Hoshiko Yamane est tout simplement indéniable. Faut dire que ce “Light Flux” n'est pas le premier véritable album studio de la nouvelle mouture de Tangerine Dream. Il s'agit de titres composés entre 1981, pour "Nemesis", et 2011, pour "Reaching Ravenna". Mais peu importe, nous avons ici un excellent album qui dépasse largement nos attentes.
Avec ses ondes de brume qui ondoient comme des reflets imprécis, "Green Summer Clouds" s'installe avec charmes entre mes oreilles. Composé par Edgar Froese et Thorsten Quaeschning en 2007, ce titre aurait pu figurer sur des albums tel que Stratosfear ou Force Majeure, tant l'esprit du vieux Tangerine Dream y est omniprésente. Des nappes de synthé aux vieilles tonalités chthoniennes flottent comme un serpent nonchalant. Des effets réverbérant crachent des ondes de distorsions, tandis que mes oreilles perçoivent des battements métalliques dans le fond des ambiances divagantes d'une ouverture qui trempe maintenant mes tympans dans le fond d'une grotte. La 4ième minute arrive en même temps qu'un lourd mouvement du séquenceur. "Green Summer Clouds" explose dans un pur Berlin School de la vieille époque avec des boucles de rythmes qui roulent en mode; monte-descend. Ce séquenceur séduira encore mes oreilles avec des savoureuses imperfections dans sa structure répétitive qui courra, comme zigzaguera, pour un énorme 13 minutes de MÉ infernale. Des percussions et des arpèges percussifs s'arriment à ce rock électronique comme il ne s'en fait plus, harmonisant une vision plus mélodieuse du rythme. Des pads de brume et de bons solos ornent "Green Summer Clouds" qui est une pure révélation dans cet album et l'un des bons rocks électroniques créatifs associés au Berlin School. Excellent! 

Un autre titre composé par le tandem Froese/ Quaeschning, cette fois-ci en 2001,"Reaching Ravenna" est ce genre de titre qui demande quelques écoutes avant de s'y ajuster. Un piano et une guitare accordent leur vision de nomades sur un tapis de brume. D'étranges effets percussifs, on dirait un train, chassent cette ouverture. Un peu plus, et nous plongeons tête première dans le fascinant univers de Picture Palace Music. Mais des parfums de Tyger nous ramène à la réalité! Des séquences spasmodiques s'y greffent, alors que des orchestrations et des riffs de guitare acoustique assurent le décor harmonique d’un titre qui oscille allègrement entre sa vision purement électronique et son côté de musique progressive, notamment à cause des larges nappes aux tonalités d'orgue. Tantôt violent, tantôt éthéré, parfois rock lourd et autre fois Berlin School fluide, les ambiances et structures de rythmes allongent une complexité qui se transformera en un petit bijou au fur et à mesure que l'on investit les 15 minutes d'un bon Berlin School progressif dont les solos flûtés nous rappellent la très belle signature d'Edgar Froese. Un autre très beau titre du duo où Thorsten Quaeschning démontre ses capacités à assumer la destinée de Tangerine Dream, toujours selon le souhait d'Edgar. On me dirait que "Meteor" est la Face B d'un supposé single, comme The Light Cone, lancé par Edgar en 1983 que je le croirais. Un autre superbe titre composé par Edgar qui aurait pu finir sur l'album Pinnacles. Autre titre composé par EF, cette fois-ci en 1981, "Nemesis" est dans la lignée des rocks électronique que l'on retrouve dans la compilation Beyond The Storm. C'est du gros et bon rock avec une finale douteuse. Je vois très mal les essences de l'année 81 dans ce titre. Mais est-ce vraiment un débat important! "Tyger 2013" et "Logos 2014" sont 2 titres dont la musique et la vigueur ont été rehaussé avec une vision plus contemporaine. La version de Tyger m'intéresse plus ou moins, je me suis habitué à la voix de Jocelyn Bernadette Smith, alors qu'il est un peu difficile de ne pas apprécier n'importe quelle vision de Logos. En autant que l'esprit demeure! Et c'est esprit demeure à l’intérieur des 60 minutes de “Light Flux”. Un superbe album, de A à Z!
Sylvain Lupari 09/03/19